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Guides pratiques

Optimiser la périodicité d'étalonnage à partir de deux certificats

Menova, laboratoire d'étalonnage·

Sur la fiche de vie d'un multimètre neuf, la case « prochain étalonnage » se remplit le jour de sa mise en service, à douze mois, comme pour le reste du parc. Deux ans plus tard, deux certificats dorment dans le classeur, chacun avec son écart, et personne ne les a mis côte à côte. C'est pourtant de cette comparaison que sort une périodicité d'étalonnage défendable.

Cet article déroule un exemple chiffré, une variante où l'allongement tient, puis ce qu'il faut écrire pour qu'un auditeur accepte un intervalle différent de douze mois.

Pourquoi douze mois n'est pas une règle

Le guide ILAC-G24 / OIML D 10, publié conjointement par ILAC et l'Organisation internationale de métrologie légale (OIML), est explicite sur ce point. Dans son édition 2022, il déconseille un intervalle fixe jamais revu, sauf quand un document normatif l'impose (une méthode de mesure de référence, par exemple).

Douze mois reste un point de départ raisonnable quand l'instrument n'a aucun historique. Ce chiffre devient un problème quand il survit à l'arrivée des données : un instrument stable est alors étalonné trop souvent, un instrument qui dérive l'est trop rarement, et le calendrier ne dit rien de la différence.

Les données à réunir avant de décider

Le guide liste quatorze facteurs pour le choix initial. Pour réviser un intervalle existant, quatre informations suffisent à décider, à condition de les avoir pour chaque point de mesure que vous utilisez réellement. Le calcul se fait de la même façon pour tout instrument dont le certificat donne un écart et une incertitude au même point : prenez sur ce certificat les points que vous utilisez en service, et la décision vaudra pour cet instrument.

Ce qu'il faut sous les yeux
InformationOù la trouver
Écart à chaque pointCertificats successifs, même point, même calibre
Incertitude élargieColonne des incertitudes de chaque certificat
Tolérance d'emploiVotre procédure ou la fiche de vie de l'instrument
Ajustages réalisésMentions « avant ajustage » et « après ajustage » du certificat

La dernière ligne change tout le calcul. Un instrument ajusté entre deux étalonnages repart d'un écart remis près de zéro : comparer l'écart après ajustage du premier certificat à l'écart avant ajustage du second donne la dérive réelle, comparer deux écarts après ajustage n'en donne aucune. Le guide range les ajustages parmi les critères qui orientent le choix de la méthode.

La criticité de l'instrument et ses conditions d'emploi (chocs, transport, température de l'atelier) ne se lisent sur aucun certificat. Elles décident pourtant du pourcentage de tolérance que vous acceptez de consommer avant le prochain passage, et c'est vous qui le fixez.

La méthode de la dérive, appliquée à un cas

Prenons un multimètre utilisé pour contrôler une tension de 10 V en courant continu, avec une tolérance d'emploi de ± 10 mV fixée par votre procédure. L'incertitude élargie retenue sur ses certificats est de 0,5 mV, la plus petite incertitude de notre portée à 10 V (ligne « 2 V à 20 V » en tension continue, 1 × 10⁻⁵ × U + 0,4 mV) ; celle d'un certificat donné peut être plus grande. Les écarts ci-dessous sont des valeurs d'exemple.

Deux certificats successifs, point 10 V
CertificatÉcart relevé (incertitude 0,5 mV)
Année 1+ 2,0 mV, sans ajustage
Année 2+ 5,0 mV, sans ajustage
Dérive observée+ 3,0 mV en 12 mois
Passage suivant à 12 mois+ 8,0 mV, soit 8,5 mV avec l'incertitude
Passage suivant à 18 mois+ 9,5 mV, soit 10,0 mV avec l'incertitude

La dérive de 3,0 mV dépasse largement l'incertitude de 0,5 mV : elle est observable, et la projection a un sens. Supposons que votre procédure fixe comme critère une projection inférieure à 90 % de la tolérance, soit 9,0 mV. À douze mois, la projection donne 8,5 mV, soit 85 % de la tolérance, et le critère est tenu. À dix-huit mois, elle touche la limite de 10,0 mV. La décision raisonnable est de garder douze mois, et de ne pas allonger.

Sélecteur rotatif d'un multimètre rouge, calibres de courant et de résistance gravés, cordons branchés
Le sélecteur de calibre : deux écarts ne se comparent qu'au même point et sur le même calibre.Photo : Matej, Pexels

Une autre méthode du même guide, dite « en escalier », aurait conclu l'inverse sur ce même multimètre.

Deux méthodes, un même certificat
Méthode en escalierMéthode de la dérive
Regarde l'écart du jour, comparé à un pourcentage de la toléranceRegarde la vitesse de l'écart, projetée jusqu'à l'échéance
+ 5,0 mV, la moitié de la tolérance : elle allonge8,5 mV à 12 mois, 10,0 mV à 18 mois : elle garde douze mois

Sur un instrument qui dérive régulièrement, c'est la seconde qui voit venir la sortie de tolérance.

Quand la dérive est lente ou reste sous l'incertitude

Changez maintenant un chiffre : l'année 2 donne + 2,3 mV. La variation de 0,3 mV reste sous l'incertitude, et personne ne peut dire si la variation vient d'une dérive ou de la dispersion des mesures. Le fascicule AFNOR FD X07-014 consacre une annexe à ce cas, où l'incertitude d'étalonnage ne permet pas d'observer les dérives. Il faut alors d'autres données (un troisième certificat, des vérifications intermédiaires) avant de toucher à l'intervalle.

Autre variante d'exemple, l'année 2 donne + 3,5 mV. La dérive de 1,5 mV par an dépasse l'incertitude, elle est donc observable, mais lente. Avec le même critère de 9,0 mV, la projection donne 7,0 mV à vingt-quatre mois (70 % de la tolérance) et 8,5 mV à trente-six mois (85 %). Vingt-quatre mois laissent 2,0 mV sous le critère, trente-six mois n'en laissent que 0,5. Allonger à vingt-quatre mois se défend ici.

Toute projection suppose que la dérive garde sa vitesse, et deux certificats ne le prouvent pas. Le troisième certificat ou des vérifications intermédiaires le confirment ; si la dérive accélère, l'intervalle se resserre au passage suivant.

Vérifier que deux certificats se comparent

Avant de projeter un écart, vérifiez que les deux étalonnages ont été faits dans des conditions comparables (même point, même calibre, même méthode). Une différence de température d'emploi ou un changement de calibre fabrique une fausse dérive. Pour relire ces colonnes une à une, notre article sur la lecture d'un certificat d'étalonnage détaille où se trouvent l'écart, l'incertitude et les mentions d'ajustage.

Justifier une périodicité d'étalonnage non standard en audit

Face à un intervalle de dix-huit mois ou de six, la question d'audit porte sur son origine. Le guide ILAC-G24 demande une estimation pour chaque instrument, ou pour un groupe d'instruments (par modèle ou par type), puis sa révision au vu des résultats d'étalonnage successifs. Une durée unique décidée pour tout le parc sans ces résultats n'en est donc pas une révision. Le guide recommande aussi de choisir une méthode, de la documenter, et de conserver les résultats d'étalonnage comme historique pour fonder les décisions suivantes. Il est écrit pour les laboratoires, et vous pouvez en reprendre la trame : ce sont les quatre pièces ci-dessous, que vous adaptez à votre système qualité.

Le guide précise aussi qu'un instrument neuf gagne à être étalonné plus souvent au début, pour faire apparaître une tendance.

Classeurs à levier empilés, remplis de feuilles imprimées
Un intervalle révisé se défend avec ses pièces : certificats successifs, calcul daté, décision signée.Photo : Pixabay, Pexels

Ce que coûte un intervalle mal réglé

Le guide reconnaît que des étalonnages plus fréquents coûtent plus cher, et demande de mettre ce coût en balance avec le risque d'un intervalle plus long. Le sur-étalonnage se voit sur la facture et dans les jours d'immobilisation. Le sous-étalonnage se voit plus tard : un instrument trouvé hors tolérance oblige à réexaminer les mesures faites depuis le dernier étalonnage conforme, et plus l'intervalle est long, plus la liste est longue.

Le même guide met en garde, à propos de la méthode en escalier, contre un intervalle poussé à l'extrême, parce qu'il expose à retirer un grand nombre de résultats déjà rendus. Dans l'exemple du multimètre, passer à dix-huit mois économise un étalonnage sur trois ans, et, si la dérive accélère, met dix-huit mois de contrôles en jeu au lieu de douze.

Questions fréquentes

Quelle norme fixe la périodicité d'étalonnage ?

Le guide ILAC-G24 / OIML D 10 et le fascicule AFNOR FD X07-014 décrivent des méthodes pour la déterminer. Une durée fixe ne s'impose que si un document normatif propre à votre mesure la prescrit.

Peut-on allonger l'intervalle après un seul certificat ?

Un seul certificat donne un écart, pas une dérive. Le guide ILAC-G24 prévoit la révision des intervalles une fois l'étalonnage installé sur un nombre défini de résultats consécutifs.

À quelle fréquence étalonner un appareil de mesure neuf ?

Le guide ILAC-G24 recommande d'étalonner un équipement neuf plus fréquemment au début, pour faire apparaître une tendance avant de fixer l'intervalle. Le premier intervalle se choisit sur l'usage prévu, l'environnement, l'incertitude requise et les recommandations du fabricant.

Qu'est-ce que la méthode OPPERET ?

C'est l'annexe D, informative, du fascicule FD X07-014 (AFNOR, 2006), consacré à l'optimisation des périodicités d'étalonnage. La notice publique n'en donne que le nom ; le détail de la méthode est dans le texte payant.